Art moderne

Depuis 1991, le musée du Touquet-Paris-Plage programme régulièrement des expositions d’art moderne qui ont permis de constituer un fond d’acquisition principalement axé sur les artistes de l’Atelier de la Monnaie à Lille. Aujourd’hui, grâce à des prêts de collectionneurs privés, le musée présente une collection d’art moderne, dont l’unité et la qualité en font un exemple très représentatif de la peinture moderne, des années 1950 à 1970 en particulier (L’Ecole de Paris, l’abstraction lyrique ou l’abstraction géométrique ainsi que le mouvement Cobra et l’art brut, comme en témoigne l’exposition de 2005 consacrée à Jean Dubuffet « 1962, et Dubuffet créa l’Hourloupe » ou encore celle de 2011 dédiée à l’Ecole de Paris « Un Musée à la plage, regards sur l’Ecole de Paris, seconde moitié du XXème siècle »).

PORTRAITS D'ARTISTES

Marius Chambon 

 

              Marius Chambon est né en 1876 en Avignon. Il suit une formation à l’école des Beaux-Arts de Paris dans l’atelier de Gustave Moreau, peintre symboliste. Dans cet atelier, il a pour camarade Henri Matisse. Marius Chambon ne pratique pas seulement la peinture, il apprécie également la gravure. Il expose de nombreuses fois dans les salons et obtient des récompenses. Pendant sa carrière, il remporte la médaille d’or dans toutes les disciplines exposées au Salon des Artistes Français. Cet événement rare montre sa grande maitrise des différentes techniques. Peintre reconnu à son époque, il réalise le portrait du président de la République : Emile Loubet. Il peint aussi des paysages ou des natures mortes.

Marius Chambon découvre la côte d’opale en 1904, notamment Berck-sur-Mer, en y emmenant sa fille malade. Par la suite, il revient souvent sur la côte peindre les paysages à la lumière particulière. Il pratique une activité de plein-air, en peignant directement à l’extérieur. Son travail se caractérise par une importance de la touche et des œuvres très colorées. Contrairement aux autres artistes venus sur le littoral, c’est un peintre solitaire qui ne travaille pas en groupe et reste loin des mondanités.

Marius Chambon est tombé sous le charme du Pas-de-Calais dès sa première venue. Ainsi il s’investit beaucoup : il fonde en 1933 une académie de peinture à Berck, la Société berckoise d’encouragement aux Arts. Lors de l’Exposition Internationale de 1937, on lui confie la réalisation du pavillon du Département. Il obtient la légion d’honneur en récompense de ce travail.

L’artistes est aussi mobilisé pendant la Première Guerre mondiale comme mitrailleur, en première ligne. Pendant sa mobilisation, il réalise de nombreux croquis du front et des soldats. Le musée possède un lot de ces réalisations ainsi que des lettres du front. Il meurt en 1962 à Paris.

 

Sonia Delaunay 

 

Sonia Delaunay est née en Ukraine en 1885. Adoptée par son oncle, elle grandit en Russie dans un milieu aisé. Elle a l’occasion de visiter de nombreux musées lors de ses voyages et son oncle possède une collection de tableaux qu’elle admire. Elle se passionne donc très tôt pour l’art. Elle étudie le dessin en Allemagne mais continue en parallèle un cursus classique. En 1905 elle part à Paris où elle suit les cours de l’Académie de la Palette, une école privée dans le quartier de Montparnasse. Elle s’intègre rapidement dans le milieu artistique parisien et à ses débuts, elle est proche du fauvisme. Ce courant de peinture, dont fait partie Matisse, s’intéresse aux couleurs qui sont très largement utilisées. Cette expérience va fortement influencer Sonia Delaunay qui travaillera toute sa vie autour des couleurs.

L’artiste prône aussi l’égalité entre tous les arts. A l’époque, la peinture était encore considérée comme supérieure à tous les autres arts. A l’inverse les arts décoratifs, c’est-à-dire la production d’objets usuels mais servant de décoration, étaient considérés mineurs et n’avaient pas le statut d’œuvres d’art. Pour Sonia Delaunay toutes les formes d’art se valent et elles méritent toutes d’être travaillées. C’est pourquoi elle touche à toutes les pratiques tout au long de sa carrière, allant de la peinture à la mode.

Travaillant au début la figuration, au fur et à mesure de ses recherches, elle bascule vers l’abstraction. En 1910 elle épouse Robert Delaunay, artiste lui aussi, ils vont beaucoup travailler ensemble. Ils fondent le « simultanisme », un mouvement dont les recherches sont tournées vers l’utilisation de la couleur. C’est la juxtaposition des couleurs en aplats (c’est-à-dire uniformes) qui permet de créer du mouvement dans l’œuvre, la couleur a donc un rôle constructif. Cette juxtaposition des couleurs permet aussi de créer des mélanges optiques et d’accentuer la luminosité. Cette pensée se décline dans toutes ses réalisations, que ce soit les arts appliqués ou la mode, et s’exporte dans le monde grâce aux Ateliers Simultanés Delaunay. Elle crée des « robes-poèmes » pour intégrer l’art à la vie, comme elle le dit elle-même. Elle concevra aussi beaucoup de costumes pour des ballets, dont ceux de Diaghilev, ce qui exprime bien le lien entre la couleur et le mouvement.

Sonia Delaunay est bouleversée par la mort de son mari Robert 1941 mais elle continue tout de même à créer auprès des artistes contemporains. Elle meurt en 1979 à Paris. 

 

Anonyme, portrait photographique de Sonia Delaunay, vers 1912libre de droit

Hans Hartung 

 

              Hans Hartung est né en 1904 en Allemagne. Il commence très jeune à dessiner et s’intéresse à la photographie. D’abord fasciné par les grands maîtres, il réalise des copies. Déjà dans ces reproductions, son style se tourne vers l’abstraction lorsqu’il représente des objets par des tâches de peinture. En 1922 il exécute ses premières aquarelles dans lesquelles seule la couleur compte : elle ne représente rien d’autre que la couleur. Puis en 1923 il réalise des dessins dans lesquels c’est le geste et le tracé qui priment. Dès ses débuts, c’est donc un artiste pionnier dans le domaine de l’abstraction.

              Hans Hartung suit des cours d’histoire de l’art à l’université de Leipzig puis il s’inscrit à l’Académie des Beaux-Arts de Dresde. Lors de l’Exposition Internationale de Dresde en 1926 il découvre l’art français dont le cubisme. Il décide de faire un tour d’Europe pour parfaire sa connaissance de l’art. Il est exposé pour la première fois en 1931 dans une galerie de Dresde. Face à la montée du nazisme, il décide de quitter l’Allemagne pour s’installer à Paris en 1935.

              Hans Hartung abandonne le cubisme pour revenir aux expérimentations de ses débuts sur le geste et la couleur. Il laisse le geste s’exprimer et cherche à transmettre des émotions. L’artiste refuse de donner des titres à ses œuvres pour laisser libre l’imagination du spectateur.  C’est aussi à cette période qu’il met en place son procédé de report sur toile (il reproduit, sur une toile et à la peinture à l’huile, les dessins qu’il a effectué de manière spontanée sur papier). Ses œuvres sont exposés au salon des Surindépendant entre 1935 et 1940 et dans différentes galeries. Pendant la Seconde Guerre mondiale, l’artiste veut combattre pour la France. Hans Hartung s’est toujours opposé au régime nazi en le déclarant publiquement. Il s’engage donc dans l’armée française mais étant de nationalité allemande, il est relayé à la Légion Etrangère. Il s’y engage deux fois, en 1939 et en 1944. Lors d’une attaque dans la ville de Belfort en 1944, il est grièvement blessé et perd sa jambe après amputation. Cet événement va profondément le marquer, ses œuvres d’après-guerre sont très sombres. Il obtient finalement la nationalité française en 1946.

C’est après la guerre qu’il obtient un véritable succès. Sa première exposition personnelle a lieu en 1947 à la Galerie Lydia Conti et il participe à de nombreuses expositions internationales.

              A partir de 1960, Hans Hartung ne fait plus de report. Il travaille directement sur la toile, généralement de grand format, et abandonne la peinture à l’huile. Désormais, il utilise des matériaux nouveaux comme la bombe aérosol. Ses outils aussi sont très divers. Il en invente parfois lui-même. Il veut, comme il le dit, « se laisser surprendre par sa peinture ». C’est aussi en 1960 qu’il remporte le grand prix de peinture à la Biennale de Venise, signe de reconnaissance internationale. Il meurt en 1989 à Antibes.

 

 

Paolo Monti, photographie de Hans Hartung, 1960, libre de droit 

Edouard Pignon 

 

Edouard Pignon est né en 1905 à Bully-les-Mines. Il grandit dans un milieu ouvrier mais s’intéresse très tôt à l’art. C’est lorsqu’un soldat, rencontré dans l’estaminet de sa mère, réalise son portrait qu’il décide d’en faire lui aussi. Mais à 14 ans il s’engage comme galibot pour transporter le charbon, puis devient maçon. En 1923 Edouard Pignon visite le Palais des Beaux-Arts de Lille où il est émerveillé par les œuvres de Francisco de Goya. Cette visite lui confirme son envie d’être artiste. Il décide de s’installer à Paris en 1927. Pour gagner sa vie, il travaille dans différentes usines mais suit les cours du soir à l’Ecole Montparnasse puis à l’Ecole Germain Pilon. Ses premières œuvres sont des paysages, des natures mortes et des autoportraits.

Edouard Pignon est proche des milieux communistes et militants qui revendiquent un art pour tous dont les ouvriers. Malgré l’explosion de l’abstraction, Edouard Pignon choisit de rester dans la figuration. Il commence à exposer : en 1932 au Salon des Artistes du Travail où la presse le remarque. Par la suite, il participe à de nombreuses expositions collectives. Il est membre du groupe Les Indélicats qui publie une revue anarchiste à laquelle il prend part. Son côté militant se manifeste donc très tôt et s’exprime dans son art.

Une première exposition personnelle est consacrée à Edouard Pignon en 1939 à la Maison de la Culture où il vend ses premières toiles. Ce succès grandissant se concrétise lorsque la Galerie de France à Paris décide de le représenter en 1942, il peut désormais vivre de son art. Ses sujets et supports sont très divers : il fait des poteries, des décors de théâtre ou des aquarelles. Depuis la guerre, il travaille la série : il exploite un thème sur plusieurs œuvres, à chaque fois différentes mais partant du même sujet.

 

En 1951, Edouard Pignon réalise son œuvre majeure L’ouvrier mort, sujet déjà traité en 1936 mais magnifié dans cette version. Cette œuvre lui offre une visibilité encore plus importante et il n’est plus seulement exposé dans des galeries mais aussi dans des musées. Il expose aussi à l’étranger, étant lui-même un grand voyageur. Une importante rétrospective au Grand Palais lui est consacrée en 1985. A la fin de sa vie, il se lance dans une série de grands formats : les Nus Géants qu’il termine juste avant son décès en 1993.

 

 

Signature du peintre Edouard Pignon, libre de droit.

Alfred Manessier 

 

              Alfred Manessier naît en 1911 à Saint-Ouen et grandit dans la baie de Somme. C’est en contemplant ces paysages à la lumière particulière qu’il s’essaie à la peinture. Il commence par des aquarelles, réalisées sur le motif. Il suit des cours à l’école régionale des beaux-arts d’Amiens et en parallèle prépare le concours d’entrée à l’école des Beaux-Arts de Paris. Alfred Manessier y entre en 1931 dans la section architecture, sous la pression de son père. Pour continuer à pratiquer la peinture, il se rend régulièrement au Louvre copier les plus grands maîtres. Parmi eux, Rembrandt qu’il admire et considère comme son père spirituel. Il expose au Salon des Indépendants dès 1933.

Alfred Manessier ne finit pas ses études d’architecture, interrompues en 1935 à cause de son service militaire. Lors de la Seconde Guerre mondiale, il est démobilisé et peut donc continuer à peindre et exposer. En 1943, il suit son ami Camille Bourniquel dans une retraite spirituelle. C’est à ce moment que l’artiste a une révélation mystique qui l’oriente vers l’art sacré. A partir de 1947, Alfred Manessier s’exerce à une nouvelle technique : le vitrail. Virtuose, il réalise des vitraux pour de nombreuses églises, en France et à l’étranger. Soucieux de leur préservation, il fonde en 1976 l’Association pour la défense des vitraux de France. Une première exposition personnelle est consacrée à l’artiste en 1949 à la Galerie Jeanne Buchet à Paris.

Alfred Manessier voyage souvent et réalise des œuvres dans les pays qu’il visite. Ce sont surtout les paysages qui l’inspirent. Il part en Europe mais aussi au Canada, au Brésil ou encore au Maroc. Des expositions lui sont consacrées dans ces villes étrangères, comme à Lisbonne en 1973. Artiste pluridisciplinaire, il réalise des tapisseries, conçoit des costumes de ballets et des décors.                                    La notoriété d’Alfred Manessier est grande et à partir de 1990, plusieurs rétrospectives lui sont dédiées, en France et à l’étranger. Il décède dans un accident de voiture en 1993. 

 

Michel-Georges Bernard, Photographie d'Alfred Manessier en 1971, libre de droit

Paul Jenkins 

 

              Paul Jenkins est né en 1923 à Kansas City aux Etats-Unis. Il étudie au Kansas City Art Institut   et travaille en parallèle dans une usine de céramique. Cette expérience va influencer son œuvre. Après la guerre, il poursuit sa formation à l’Art Students League de New-York. Il devient très vite attaché à cette ville où il débute sa carrière. Paul Jenkins est autant inspiré par les peintres de l’abstraction que des peintres modernes tels Henri Matisse ou Paul Gauguin. C’est aussi son admiration pour les peintres flamands qui le pousse à travailler la lumière.

Après ses études, Paul Jenkins voyage en Europe grâce à une bourse de l’Etat américain qui encourage les échanges artistiques. Puis il s’installe à Paris dans les années 1950. Il gravite dans le milieu de l’art parisien et côtoie des artistes comme Pierre Soulages ou Jean Dubuffet. Il obtient un succès rapide et une première exposition personnelle lui est consacrée en 1954 à Paris. Son travail se tourne vers la couleur, la transparence et la lumière. Il est aussi reconnu dans son pays avec une exposition personnelle en 1955 à Seattle. Ses œuvres commencent à rentrer dans les collections des musées français et étrangers. En 1958 il s’installe à New-York.

En 1960, Paul Jenkins commence sa célèbre série Phenomena autour des couleurs. Pour ces œuvres, il met au point une technique particulière. Il refuse d’utiliser le pinceau et laisse couler la peinture sur la toile ou il lui donne une trajectoire avec son couteau d’ivoire. La peinture à l’huile diluée avec de l’eau laisse place à la peinture acrylique. Sa technique évolue sans cesse : dans les années 80 il applique d’épaisses couches de peinture puis les gratte pour révéler les couleurs sous-jacentes. A cette époque, son intérêt se porte surtout sur la transparence et les effets d’opacité.

 

Pour Paul Jenkins, l’œuvre d’art existe par elle-même. Ce n’est pas le sujet qui fait l’œuvre mais elle est une œuvre par le simple fait d’exister. Parce que l’artiste a travaillé dessus, elle est œuvre d’art. Paul Jenkins décède à New-York en 2012.

Suivez-nous !

Facebook

Instagram

Newsletter